Pop Art.
Ce terme
consacré recouvre deux tendances qui se concrétisent vers la même
époque, l'une en Grande-Bretagne, l'autre aux États-Unis, à peu près
complètement indépendantes et sans guère d'influences mutuelles pendant
une longue période. Le succès durable de cette appellation tient
àl'existence d'un esprit commun au Pop anglais et américain, bien
exprimé dans l'ironique définition de Hamilton : "popular, transient,
expendable, low-cost, mass-produced, young, witty, sexy, gimmicky,
glamorous and Big Business". Le Pop anglais naît vers le milieu des
années cinquante, au sein de l'Independent Group, petite association
très fermée, qui se réunit de temps à autre à l'Institute of
Contemporary Arts (ICA) à Londres. Parmi ses membres, on trouve
Paolozzi et Hamilton, les critiques Lawrence Alloway (qui invente le
terme en 1958) et Reyner Banham, et les architectes "brutalistes"
Alison et Peter Smithson. Le groupe étudie la culture populaire, la
technologie, la consommation et la publicité, et développe l'idée selon
laquelle "il est concevable qu'en 1958 il y ait une plus grande force
d'imagination dans un magazine de science-fiction provenant des
faubourgs de Los Angeles que dans l'une quelconque de nos petites
revues" (Paolozzi). L'exposition "This Is Tomorrow', organisée en 1956
par le groupe à la Whitechapel Art Gallery, peut être considérée comme
l'acte de naissance du Pop anglais. Douze équipes (faites d'un peintre,
d'un sculpteur et d'un architecte) conçoivent chacune une installation.
Celle que monte Hamilton comporte, entre autres, un robot de 5 mètres
de haut, un immense panneau-affiche portant une photographie de Marilyn
Monroe et un juke-box jouant sans désemparer les tubes du moment. Dans
le programme de l'exposition se trouve reproduit le collage de Hamilton
Just What Is It That Makes Today's Homes So Different, So Appealing?
destiné à devenir l'une des icônes du Pop Art. Par la suite, tandis que
Hamilton développe son imagerie de voitures, de pin-up, d'appareils
électroménagers, fusionnant brutalement l'image de la femme et celle de
l'argent, Blake illustre la culture des teenagers, celle des bandes
dessinées, des fêtes foraines et des chanteurs Pop. En 1961, à
l'exposition "The Young Contemporaries", un groupe d'artistes plus
jeunes, presque tous formés au Royal College of Arts, exposent en
commun : Peter Phillips, Allen Jones, Kitaj, Hockney, Boshier,
Caulfield. Ils vont, tout au long des années soixante, produire
quantité d'oeuvres d'un détachement sophistiqué, formellement "plus
proches des Combine Paintings de Rauschenberg et des toiles de Larry
Rivers que des oeuvres de Warhol et Lichtenstein" (Sanders). "C'est
peut-être à cause de cette tendance qu'ont les Anglais à modifier les
idées, àles assimiler avec prudence, à équilibrer les forces en
présence et à reculer devant l'engagement total, que le Pop Art ne
témoigne pas en Angleterre de la densité et de la rigueur qui le
caractérisent à New York"
(L. Alloway). Aux Etats-Unis, vers le
milieu des années cinquante, il devient important pour la nouvelle
génération de trouver une alternative au règne absolu de
l'expressionnisme abstrait. Les théories de Cage, compositeur et
professeur au Black Mountain College, sont en ce sens déterminantes il
organise les premiers happenings, prône le décloisonnement des
disciplines, l"'inclusion" d'éléments étrangers à l'art et le collage
(pour la musique : les bruits). Rauschenberg et Johns, très proches de
Cage, appliquent en peinture ses conceptions. En 1954, le premier
réalise ses Combine Paintings. Johns, identifiant l'image du drapeau ou
de la cible au champ pictural, peint des tableaux abstraits et
absolument figuratifs en même temps. Tous deux conservent un traitement
très pictural de la surface, mais leur façon de considérer les rapports
entre les objets et l'image sape les fondements de l'abstraction.
Rauschenberg cherche à combler "le fossé entre l'art et la vie" : "très
peu d'événements de ma vie quotidienne ont un rapport avec la
térébenthine, l'huile et les pigments." Johns, choisissant de
représenter des objets bidimensionnels en en accentuant la planéité,
donne au tableau un statut ambigu, entre objet et signe. Aucun des deux
n'est le moins du monde un "artiste Pop", mais la génération suivante
se fonde sur leurs innovations formelles. En 1961, l'exposition
Oldenburg et en 1962 celle de Dine marquent les vrais débuts du Pop
new-yorkais. Dix mois plus tard, l'exposition des "New Realists", à la
galerie Sidney Janis, montre des oeuvres de Lichtenstein, Oldenburg,
Rosenquist, Warhol, Wesselman. Le titre même de l'exposition indique
qu'après le règne de l'abstraction la figure est de retour. Le Pop Art
cherche à substituer au lyrisme du geste, aux significations
métaphysiques, au combat et à l'inquiétude, la représentation d'objets
de consommation courante, la distanciation, l'ironie, acceptant - sous
forme de constat - la trivialité de l"'American way of life". Ces
artistes, souvent formés aux techniques publicitaires, fondent leurs
oeuvres sur les images ou les objets produits par la culture de masse.
L'impact visuel du Pop Art américain est celui des panneaux
publicitaires, de la bande dessinée, des magazines, de la télévision.
Mais le terme de Pop Art ne doit pas être entendu au premier degré. Ces
artistes ne "fabriquent" pas des "images populaires" : ils font un
commentaire artistique sophistiqué sur quelques faits et effets de la
culture des mass media. Ils ne représentent pas la vie mais une réalité
fabriquée, en s'appropriant les objets, styles et techniques des mass
media. Qu'ils aient choisi le domaine de la figuration ne doit pas
faire oublier qu'on retrouve dans leur travail certains traits formels
communs avec les artistes abstraits de leur génération : la toile plane
et rectangulaire, le All over, la tension, le grand format, la scène...
En s'appropriant les techniques du marketing, et en acceptant le rôle
nouveau dévolu à l'artiste, le Pop Art est le premier mouvement à
prendre en compte très clairement les relations de l'art et du
commerce. Le récent retour à des démarches comparables, devrait
permettre une relecture du mouvement.
POP-ART
Pop-Art Anglais
Liste de Hamilton publié en 1957 comportant les caractéristiques
du Pop-ART; «Populaire (destiné à un public de masse)
Éphémère (solution à court terme), Sacrifiable (facilement oublié)
Peu cher, Fabriqué en série, Jeune (destiné à la jeunesse). Drôle.
Sexy. Gadjet. Séducteur. Big Buseness.
Le Pop-Art est à la fois réaliste et figuratif, ce qu'aucune
avant-garde n'avait été depuis le réalisme défini par Courbe t. En
1861, Courbet publie dans « Le Courrier du dimanche » un manifeste du
réalisme dans lequel il déclare que pour un artiste, la pratique de
l'art devrait impliquer de « consacrer toutes ses facultés aux idées et
aux objets de lépoque dans lequel il vit». Un siècle après le manifeste
de Courbet, Roy Lichtenstein affirme à un journaliste:
« Dehors il y a le monde; il est la. Le Pop Art regarde vers et dans le monde ».
Le
Pop Art prend ses racines dans l'environnement urbain. En choisissant
comme source de thèmes la culture des teenagers, le pop art manifestait
en un certain sens son refus des valeurs contemporaines et son
intention de quitter les sentiers battus de l'art dit moderne. Pourtant
le pop art n'a rien d'un mouvement nihiliste, et d'ou qu'il émane il se
veut décidément optimiste.
C'est souvent par hasard que les artistes New-Yorkais, qui ne connaissaient même pas entre eux, arrivèrent à un style voisin. Il faut croire que la chose était dans l'air. Ils n'avaient pas entendu parler non plus de leurs confrères britanniques ni des recherches des peintres continentaux, Jon Coplans voit juste lorsqu-il déclare que les procédés POP « Tirent pour une bonne part leur force du fait qu'ils ne doivent pratiquement rien à la tradition européenne. ». Le POP représente l'émanation d'un peuple en perpétuel devenir, et dont la qualité majeure est d'être tourné vers l'avenir. Il faut toutefois reconnaître que son iconographie a eu des nombreux précédents, dont les principaux sont des collages cubistes ; mais l'étonnant est plutôt qu'il ait fallu attendre Si longtemps pour découvrir que les thèmes de la publicité et du commercialisation pouvaient constituer un fondement légitime de l'art.
C'est Stuart Davis qui offre vis-à-vis du POP, la parallèle le plus direct avec son paquet de Lucky Strike (1921) qui n'a pour sujet qu'une simple image commerciale, mais réarrangée et stylisée à la manière cubiste, et surtout Odol de 1924. Ensuite Davis traita ce genre de sujet de façon de plus en plus abstraite, et il se peut que sa nouvelle manière ait influencé les artistes POP américains, tout comme les derniers découpage de Matisse exposés à New York vers1960.
Leger: « Tous les jours l'industrie fabrique des objets qui
possèdent une incontestable valeur plastique. L'esprit de ces objets
domine ce siècle.» 1945
Dans un autre article il parle des «
vitrines séduisantes où les objets isolés obligent l'acheteur en
puissance à s'arrêter: c'est le nouveau réalisme » 1945
« Il n'y a
pas beaucoup d'effort à faire pour que les gens sentent et comprennent
ce qu'est le nouveau réalisme, qui a ses origines dans la vie moderne
même. » 1937
Dans son film « Le ballet mécanique » (1924) il avait
même devancé la technique du Pop Art : « Isoler l'objet, ou une partie
de l'objet, et le montrer sur l'écran en gros plan, à la plus grande
échelle possible. L'agrandissement énorme d'un objet ou d'un fragment
d'un objet lui confère une personnalité qu'il n'a jamais eue
auparavant, et il devient ainsi le véhicule d'une puissance lyrique
entièrement nouvelle. »
La femme et l'objet de
consommation qui incarne le désir. Une combinaison des fragments
constituent un ensemble plastiquement cohérent. La peinture et dessin
sont plus « painterly » que dans le pop art américain.
« L'union
fortuite des diverses conventions, a toujours joué un rôle dans ma
peinture. Je veux que les idées soient explicites et isolables de façon
que les éléments puissent conserver leur spécificité en tant que
témoins. Toutefois les éléments perdent leur intégrité parce qu'ils
sont exprimés en différents langages plastiques à l'intérieur d'un tout
unifié. » Les différents éléments fonctionnent comme un collage DADA
:des éléments qui n'ont rien à voir entre eux produisent une étincelle
qui produit une forme de poésie. C’est ce que le travail de Hamilton a
en commun avec James Rosenquist. A noter le plan
Des éléments érotiques associés à des éléments qui font référence à la femme « intérieur ».
Il ya donc à l’intérieur de ce travail une forme de féminisme. Une dimension critique qui est absente dans le POP-Art américain. À noter: le schématique du pain sortant du grille-pain qui constitue une référence au « comics ».
Richard Hamilton
$he 1958-1961 huile cellulose, collage sur panneau 122 x 81 cm