Je viens de terminer la lecture de deux livres : « De Kooning, vite » de Philippe Sollers aux Ed. La Différence, et « Claude Viallat » de Pierre Wat aux Ed. Hazan.
En ce qui concerne le « de Kooning », les photos et reproductions sont remarquables, surtout ceux de Willem de Kooning dans son atelier. En revanche l’écriture de Sollers est insupportable. Une écriture prétentieuse et confuse. Philippe Sollers a très à cœur de nous faire croire qu’il possède une culture infinie en arts plastiques, alors que je pense que la citation (en ce qui concerne ce livre) d’André Malraux lui va à merveille : (approximatif) « La culture c’est comme la confiture : de moins qu’on en a, de plus qu’on l’étale. »
Le deuxième livre est nettement plus intéressant. Je ne connais pas Pierre Wat, mais il analyse le travail de Claude Viallat avec beaucoup d’intelligence. Il nous montre une dimension cachée de ce travail. Du coup on découvre ou redécouvre Viallat, alors qu’on croyait connaître son travail. De plus, à la fin du livre, il y a pas mal de textes de l’époque « Support-Surface », dont Viallat est un des fondateurs. Je vous recommande ce livre.
Extrait d’un texte de Viallat (page 138):
« Exposer n’est plus s’exposer, c’est mettre un problème particulier en évidence, en question, en déséquilibre. Le peintre n’est que l’organisateur de cette mise en évidence. Le sujet est le travail, le résultat, l’image de travail. Le peintre n’est ni concepteur, ni créateur, ni un individu entre autres traversé par une époque.
Faire le travail en public n’est pas exposer un travail, mais exposer quelqu’un faisant un travail – le travail n’étant que l’acte concret qui provoque un résultat physique.
Exposer le travail, exposer l’image de son travail, s’exposer, c’est de toute manière donner une image autre d’un acte – celle qui reste, en trace de cet acte, en mémoire ou en document ou en effet, donc déformée, faussée par rapport aux impulsions qui l’ont provoquée.
Donner une raison (explication) de son travail, de ses actes, c’est les fausser encore, les amputer, les éclairer en partie, les truquer, car les déterminations sont multiples et complexes et ne peuvent se définir en nombre (celles qui se donnent sont celles qui ne sont pas refoulées) mais toutes motivent et déterminent également.
Dire, c’est aussi vouloir cacher d’abord. »