Le Futurisme.
C'est en janvier 1909 que le poète Marinetti lance le Manifeste de Fondation du futurisme en proclamant le rejet du passé et l'avènement d'une esthétique nouvelle qui convienne au monde de la vitesse, des machines et à la ville moderne. Adressé depuis Milan à la presse internationale, le manifeste est publié le mois suivant dans Le Figaro, à Paris. Les revendications de Marinetti, qui réclame en particulier la démolition des musées et l'abolition de tout modèle saturnien pour l'artiste, suscitent des réactions indignées. L'esprit de l'avant-garde, nourri par l'exaltation du progrès, la connexion de l'art avec la vie, la prospection des nouvelles réalités du monde moderne, vient ainsi de naître.
Ayant découvert en octobre 1911 les recherches de Braque et de Picasso, ils s'appliquent à intégrer les moyens du cubisme dans leurs toiles sans pour autant renoncer à leurs idées.
Un projet pour l’art : exprimer le dynamisme.
Dès leur association, les artistes futuristes font état d’un programme qui est leur préoccupation majeure ; traduire en deux dimensions sur la toile, cette vitesse qui caractérise toute la vie moderne et qui enveloppe la terre d’un « réseau d’acier » donnant à l’univers, comme le disait Marinetti, une splendeur nouvelle. L’idée s’élargit et se modernise progressivement à travers le second manifeste d’avril 1910, puis dans la préface de l’exposition parisienne en 1912 ; elle s’affirme surtout par toute une enfourné d’œuvres peintes, qui peu à peu cernent le problème.
La traduction sur la toile d’un déplacement rapide, qu’il soit mécanique (propre au monde technologique) ou purement physique ( c’est de toute façon la modernité qui crée la soif d’activité)- ne saurait s’effectuer aux yeux des futuristes par des moyens plastiques traditionnels. Ils refusent donc d’immobiliser, comme Degas, un instant unique du mouvement saisi dans une arabesque qui leur semble totalement figée. Il convient au contraire de réunir, sur la même surface picturale, diverses phases d’un mouvement, pour en faire la synthèse.
Extraits du « Manifeste Technique » le 11 Avril 1910.
« Le geste que nous voulons reproduire sur la toile ne sera plus un instant fixe du dynamisme universel. Ce sera simplement la sensation dynamique elle-même. En effet tout bouge, tout court, tout se transforme rapidement. Un profil n’est jamais immobile devant nous, mais il apparaît et disparaît sans cesse. Étant donné la persistance de l’image dans la rétine, les objets en mouvement se multiplient sans cesse, se déforment en se poursuivant, comme des vibrations précipitées, dans l’espace qu’ils parcourent. C’est ainsi qu’un cheval courant n’a pas quatre pattes, mais il en a vingt, et leurs mouvements sont triangulaires.
Nous déclarons :
1. Qu’il faut mépriser toutes les formes d’imitations et glorifier toutes les formes d’originalité.
2. Qu’il faut se révolter contre la tyrannie des mots « harmonie » et « bon goût » expressions trop élastiques avec lesquelles on peut facilement démolir les œuvres de Rembrandt, de Goya et de Rodin.
3. Que les critiques d’art sont inutiles et nuisibles.
4. Qu’il faut balayer tous les sujets déjà usés, pour exprimer notre tourbillonnante vie d’acier, d’orgueil, de fièvre et de vitesse.
5. Qu’il faut considérer comme un titre d’honneur l’appellation de « fou » avec laquelle on s’efforce de bâillonner les novateurs.
6. Que le complémentarisme inné est une nécessité absolue en peinture, comme le vers libre en poésie et la polyphonie en musique.
7. Que le dynamisme universel doit être donné en peinture comme sensation dynamique.
8. Que dans la façon de rendre la nature il faut avant tout de la sincérité et de la virginité.
9. Que le mouvement et la lumière détruisent la matérialité des corps.
Nous combattons :
1. Contre les teintes bitumeuses par lesquelles on s’efforce d’obtenir la patine du temps sur des tableaux modernes.
2. Contre l’archaïsme superficiel et élémentaire fondé sur des teintes plates, et qui, en imitant la facture linéaire des Egyptiens, réduit la peinture à une impuissante synthèse puérile et grotesque.
3. Contre le faux avenirisme des sécessionnistes et des indépendants qui ont instauré de nouvelles académies aussi poncifs et routinières que les précédentes.
4. Contre le Nu en peinture, aussi nauséeux et assommant que l’adultère en littérature.
La fin du futurisme correspond en effet à la mort, en 1944, de son fondateur.
Giacomo Balla "Dynamisme d’un chien en laisse" 1912
huile sur toile 90,8x100cm
On retrouve dans ce travail de Giacomo Balle l’influence de la photographie, notamment le phénomène de la photo floue. Le « floue » est encore maintenant utilisé pour donner une impression de mouvement. À l’époque les poses pour réaliser les photos étaient très longues, d’où une grande quantité de photos « floues ». L’influence de la photographie se manifeste aussi par l’absence presque totale de la couleur. Absence de la couleur est un peu en contradiction avec le principe du futurisme, dans lequel elle joue un rôle souvent primordial.La composition se concentre sur le mouvement principal et ne prends pas en compte le personnage, dont on ignore l’identité. La scène est produite avec un sens d’humour certain, d’ailleurs le titre y contribue.
Mais le principe essentiel, c’est-à-dire le mouvement est bien présent.On ne retrouve pas chez Balla la notion de violence, souvent présent chez d’autres futuristes.