Land Art. (Earthworks)
Introduction sur les différents mouvements contestataires des années 60.
Le
Land Art s'inscrit en effet dans la tradition du "Non-art" (Fluxus),
mouvement important des années 1955-1968, dont le Black Mountain
College a cristallisé l'esprit : il s'agit alors de faire sortir l'art
de ses frontières traditionnelles, par le refus des catégories établies
(mélange des genres) et la critique des lieux et des moyens habituels
de création, d'intervention et d'exposition.
Dans « En chemin le landart » Anne Françoise Penders parle de la « mouvance landart » et non pas de « mouvement landart, car il y a absence de manifeste.
Les artistes sortent de leurs ateliers pour travaillent dans le monde extérieur.
«
Le monde extérieur s’il n’est pas l’initiateur de cette « sortie » joue
cependant assurément un rôle de catalyseur : la contestation sociale
ambiante, qui s’exprime « dans la rue », contribue sans doute à
renforcer la conviction que la « sortie » peut aussi intervenir en tant
qu’acte artistique, tandis que dans la foulée, les idées politiques des
artistes se font souvent le relais de leurs conceptions esthétiques (et
inversement). Ainsi est-ce sans doute dans l’expression d’un besoin de
liberté que l’on peut trouver ce qui, à l’époque, lie fondamentalement
l’art, la politique et la philosophie.
Problèmes de la présentation :
Par la présentation d’une expérience qui a eu lieu ailleurs, comme par
le récit ; l’artiste/voyageur reprend sa place dans le monde de l’art
tout en conférant à l’œuvre/document qu’il ramène une valeur
particulière de témoignage. Cette valeur qui différencie précisément
l’œuvre/document d’une œuvre réalisée dans un atelier « traditionnel »
et somme toute déplacée elle aussi, ensuite, vers son lieu d’exposition.
D’autre
part, puisqu’elle s’expose---hors du lieu, hors d’elle-même---, elle
court le risque d’être à tout moment transformé de document en œuvre,
esthétisée, déguisée. Et l’on verra que l’artiste n’est pas toujours
l’opérateur de cette mutation. Elle n’en devient pour autant muette,
mais la langue qu’elle parle devient autre. Ainsi le statut de ce qui
est présenté influence-t-il automatiquement la perception de l’œuvre.
On peut alors considérer la photographie autant comme vecteur du
déplacement à l’extérieur, que comme vecteur de celui qui ramène vers
ce lieu que l’on a quitté. L’acte photographique constitue donc bien ce
lien qui maintient le contact entre l’espace de création déserté,
l’atelier traditionnel, l’extérieur comme nouveau lieu de l’œuvre, et
l’espace de présentation. Plus qu’une trace ou un document, les clichés
sont ce lien volontaire ; les artistes ne photographient pas leurs
interventions à l’extérieur par hasard. Les problèmes de présentation
se posent plus particulièrement entre l’acte créateur et le processus
de présentation de l’œuvre, entre l’artiste et le monde de l’art, entre
le « départ » et le « retour ». Si l’artiste choisit de partir avec
son appareil photo, c’est qu’il a l’intention de revenir pour
développer le film et sans doute montrer les photos.
Relation entre arte povera (le rapport avec Penone les œuvres ne
restant pas immobile comme dans un musée mais c’est la nature qui
transforme l’œuvre, la terre étant La Matière énergétique de
référence), minimal art( en ce qui concerne les artistes américains;
les formes primaires s’opposant aux formes complexes et irrationnelles;
ainsi que les travaux sont réalisés par des entreprises publics souvent
mise à la disposition des artistes par l’état américain) et art
conceptuel en ce qu’il concerne que le travail est entièrement
préconçu et que l’artiste intervient très peu lui-même dans la
réalisation. Les rapports évidents avec l’art conceptuel est souvent
contredit par les rapports entre le landart et les civilisations
disparus et énigmatiques ; pyramides ; observatoires et cercles
magiques.
Ce sont des réalisations de très grandes dimensions,
toujours mises en relation avec le site. Robert Morris : « Plus grand
est l’objet, plus il nécessite d’espace ; plus notre rapport à lui se
fait public, la taille des œuvres interdit tout rapport intimiste avec
elle ».
Le mouvement réintroduit une dimension imaginaire et un
retour au sujet par la recherche du sublime (Hegel) : Ce qui manque au
beau naturel est l’absence total
d’intériorité » qui est en
contradiction avec le minimal art et l’art conceptuel mais qui
rapproche le mouvement de arte povera.
La différence entre le landart américain et européen. La tradition du paysage pour les anglais (R.Long) et Jan Dibbets.
Problèmes marchands du landart.
«
Il paraît exagéré de dire que rien de ce qu’ils créèrent alors ne fur
jamais totalement invendable, probablement parce que leur intention
n’était pas vraiment qu’il le soit. Il est vrai que l’opportunité de
vendre restait relativement rare—malgré un accroissement sensible du
nombre de collectionneurs d’art contemporain dès la fin des années
60—mais c’était selon moi en raison du caractère novateur de la
démarche et non pas du refus systématique des artistes d’accepter une
quelconque « commercialisation » de leurs travaux. Plus qu’un rejet du
marché, la non-considération des valeurs de marché entrait probablement
surtout en jeu dans leur travail. Comme des nombreux artistes me l’ont
affirmé, ils ne pensaient pas que leur art pouvait se vendre. Mais
créer sans intention de vendre ne signifie pas automatiquement volonté
de faire de l’art invendable. Et les galeristes jouèrent ici un rôle
non négligeable. Ainsi comme l’explique Oppenheim : »Les artiste de la
fin des années 60 et au début des années 70 ne s’attendaient jamais à
vendre quelque chose. Et personne ne vous demandait si vous aviez
vendu. Simplement on ne pouvait acheter aucune de ces installations.
Elles ne traitaient pas de cela. Mais les galeries essayaient, comme
Gibson, de vendre les photos. Et doucement, pour très peu d’argent, il
commença à les vendre ».
« S’ils ont pu, dans une certaine mesure, «
sortir » de leur atelier, les artistes du landart n’ont jamais
réellement échappé au « système » (ni à son mode d’exposition, ni à son
organisation marchande), probablement parce qu’ils n’ont pas réellement
tenté de le faire. Partant de cette idée, il me paraît clair que l’on
ne peut pas non plus considérer que l’évolution de leurs œuvres soit un
échec – parce qu’ils vendent ou exposent régulièrement leurs travaux
--, ni qu’ils aient été « récupérés » par ce « système » : s’ils ont
investi des lieux de création non traditionnellement réservés à l’art,
ils ne sont pas pour autant sortis d’un système. Ils ont continué à se
dire « artistes », à créer des « choses » (actions, objets, documents)
définies comme production artistique, comme travaux et œuvres, et
surtout vouloir les communiquer, les montrer. On pourrait même
peut-être, e, poussant l’analyse de Danto (beyond the Brillo Box) selon
laquelle il n’y aurait pas d’art en dehors d’un monde de l’art, lancer
l’idée, par extension, qu’il n’y aurait dès lors pas non plus de land
art en dehors d’un monde de l’art, en dehors d’un système de
galerie/musées, parce que cet art a besoin de leur reconnaissance et de
leur soutien, simplement parce que son existence social repose sur la
leur.
Bibliographie :
En chemin, le landart, tome 1 Partir, tome 2 Revenir
Anne Françoise Penders Ed. La lettre volée
Gilles Deleuze et Félix Guattari Mille Plateaux Ed. Minuit
Robert Smithson "Spiral Jetty" 1970
Monument
de l’histoire de l’art. La spirale est une forme irrationnelle : pas de
début et pas de fin et donc en opposition avec le minimal art.
Construction artificielle construite avec des matériaux naturels,
L’œuvres est en constante évolution car régulièrement submergé par
l’eau salée du Lac.
"Smithson loue pour une durée de vingt ans un
terrain de quatre hectares en bordure du Grand Lac Salé dans l'Utah, et
avec du matériel de terrassement loué, déplace quelque 6 000 tonnes de
terre et de pierraille pour construire une gigantesque spirale dans les
eaux rouge sang du lac... Sa forme rappelle à la fois les cristaux de
sel, les organismes microscopiques qui abondent dans le lac, et à
l'échelle macroscopique, les nébuleuses spirales... Les engins qu’il
'ont construite, et dont les traces demeurent visibles, deviennent eux
aussi des symboles de la civilisation technologique et des dinosaures
qui hantaient l'Utah à l'ère secondaire"
Voici une vidéo de la construction de Spiral Jetty. À noter que Robert Smithson est mort dans un accident de hélocopter en survolant "Spiral Jetty".
La trace minuscule laissée par l’homme, mais qui transforme le paysage presque autant que les travaux de Heizer, mais sans en avoir la violence.
« Je suis heureux de le faire dans la solitude. D’une certaine façon, une partie du pouvoir et de l’énergie vient du fait d’être seul en ce lieu. La simplicité et le sentiment d’être seul participe en fait de l’œuvre. » Richard Long
Les lieux sauvages et inhabités.
« Bien qu’il soit évidemment libre de s’y rendre, il n’entre pas dans l’intention de l’artiste que le spectateur retourne sur le lieu de l’œuvre ou refasse la marche, parce qu’autant qu’elle appartient à un lieu, l’œuvre appartient également à un temps précis, impossible à récréer. « On ne peut jamais répéter le moment, mais certaines personnes peuvent assurément se rendre sur les lieux de mes marches. Mais il serait cependant inapproprié que des groupes touristiques visitent les sites, car cela changerait toute la nature du lieu. » En chemin le landart.
Richard Long Stones in the Pyrénées 1986