Le Fauvisme.
Au Salon des Indépendants de 1905 le critique Camille Mauclair
s'exclame : "On a jeté un pot de couleurs à la figure du public". Fondé
en effet sur l'exaltation provocante de la couleur pure, le fauvisme
(baptisé cette même année au Salon d'automne par un autre critique,
Louis Vauxcelles, avec son fameux Donatello parmi les fauves) n'est pas
un mouvement à théorie et manifestes : c'est la conjonction très brève
d'individus venus d'horizons différents, qui divergeront ensuite, mais
qui pour un moment découvrent, presque par hasard, leur volonté commune
d'en finir avec l'art officiel et les séquelles de l'impressionnisme.
Autour
de Matisse, l'animateur, se rejoignent trois groupes : l'un qui
provient, comme Matisse lui-même, de l'atelier de Gustave Moreau
(Marquet, Manguin, Camoin, Puy), un autre composé de Derain et Vlaminck
- les anarchistes de Chatou qui veulent "brûler avec leurs cobalts et
leurs vermillons l'École des beaux-arts" -, et le troisième, dernier
venu, celui des Havrais, Friesz, Braque, Dufy. Tous vouent une grande
admiration à Van Gogh (c'est à la fameuse rétrospective de la galerie
Bernheim-Jeune en 1901 que Derain présente Vlaminck à Matisse) et à
Gauguin. . Après des débuts peu remarqués à la galerie Berthe Weill
(1902) et chez Vollard (1904), c'est aux Indépendants et aux Salons
d'Automne de 1905 à 1907 que les fauves font éclater leurs "cartouches
de dynamite". La construction de l'espace par le seul effet de la
couleur, les aplats sans modelé ni clair-obscur, la simplification du
dessin en larges cernes sombres, l'utilisation des tons - où dominent
le rouge et le vert - sans référence illusionniste, tel est leur
langage complètement nouveau, dont le retentissement s'étend bien
au-delà de Paris, jusqu'à « Die Brücke » et à Kandinsky.
Les
peintres désirent séparer la couleur de sa référence à l’objet et
libèrent sa force expressive. Ils réagissent de manière provocatrice
contre les sensations visuelles de l’impressionnisme et répondent avec
violence au défie de la photographie. Se différencie de
l’expressionnisme par l’absence de contenu tragique.
Maurice de
Vlaminck : » La peinture était un abcès où s’accumulait, pour le
cracher, tout le mal en soi. Sans un don pour la peinture je serais
arrivé au pire. Ce que je n’airais pu exprimer dans un contexte social
qu’en jetant une bombe, qui m’aurais conduit à l’échafaud, j’ai essayé
de l’exprimer dans mon art, en utilisant les couleurs pures sorties du
tube. J’ai donc pu employer mes instincts destructeurs, dans le but de
recréer un monde sensible, vivant et libre.
Henri Matisse: « Le
Fauvisme secoua la tyrannie du Divisionnisme. On ne peut pas vivre dans
un ménage trop bien fait... Alors on part dans la brousse ; pour se
faire des moyens plus simples qui n’étouffent pas l’esprit. Il y a
aussi en ce moment, l’influence de Gauguin et Van Gogh. Voici les idées
alors, construction par surfaces colorées. Recherche d’intensités dans
la couleur, la matière étant indifférente...La lumière n’est pas
supprimée, mais elle se trouve exprimée par un accord des surfaces
colorées intensément. »
Henri Matisse Vue de Collioure 1906
Collioure
est un lieu de travail favori de Matisse, comme l’Estaque pour Picasso
ou Arles pour van Gogh. On retrouve beaucoup de paysages de Collioure
dans le travail de Matisse.
Un paysage mais qui n’en porte que le
nom. En fait tout est fait pour que le paysage soit le moins « sage »
possible. On retrouve le divisionnisme de Seurat ou de Signac, qui est
utilisé pour donner un maximum de vie, de vibration et de dynamisme,
dynamisme obtenu par la juxtaposition des couleurs souvent
complémentaires. Cette technique va influencer le futurisme Italien
quelques années plus tard. Les couleurs ne sont pas des couleurs
naturelles du paysage, mais des couleurs « indépendantes. L’artiste
n’est plus soumis au sujet, mais le sujet est soumis à la créativité de
l’artiste. La perspective traditionnelle est encore très présente dans
ce travail, technique qui sera progressivement abandonné par Matisse.