Expressionnisme abstrait et École de New York.
La situation en Europe et aux Etats Unis après la seconde guerre mondiale.
Les
courants artistiques en Europe à la fin de la deuxième guerre mondiale
sont pour la plupart un prolongement des mouvements important
d'avant-guerre.
D une part on retrouve, le formalisme qui constitue
un prolongement aux mouvements tel que l'enseignement prôné par le
Bauhaus, avec des artistes tels que AIbers, Itten, Kandinsky et
Moholy-Nagy, le Néo¬Plasticisme, mouvement qui se veut Européen et qui
trouve ses origines dans De Stijl avec des artistes comme Mondrian et
Doesburg ou encore Le Constructivisme Russe avec comme artistes
Lissitzky, Malevitsch Rodschenko et Tatiin, d'autre part on retrouve
les représentants du Surréalisme imagé; Dali, Margritte et Matta ainsi
que les représentants du surréalisme « non-imagé » ou « automatique »
telle que Masson, Matta, Miro et Ernst. En plus les deux tendances
citées il existe le mouvement Expressionniste, surtout présent en
Allemagne et qui trouve ses origines dans les mouvements comme « Die
Brùcke » et « Der Blaue Reiter». Les artistes de la Nouvelle
Objectivité ou « Neue Sachlichkeit » utilisent les concepts de
l'Expressionnisme pour en faire une critique souvent féroce de la
société Allemande d'entre-deux guerres, avec des artistes comme ; Otto
Dix, George Grozs ou Kàthe Kohlwitz. Beaucoup des artistes de ces
différents mouvements ont quitté l'Europe pour les Etats-Unis avant ou
pendant la guerre. Le formalisme constitue néanmoins des sources
d'inspiration pour un grand nombre d'artistes Européens. À part les
différents mouvements « formalistes » Picasso et Matisse constituent
des cas différents, car ils ne sont pas liés à des mouvements mais
continuent leur travail en tant qu'individu au-delà des mouvements
artistiques. Pour résumer la situation, il existe donc trois tendances
importantes: Le Surréalisme, l'Abstraction et l'Expressionnisme. Ces
trois tendances s'appuyant sur un concept commun : le formalisme.
La
composition, l'utilisation des couleurs ou les thèmes sont les
résultats d'un concept préétablit, même pour les surréalistes, qui
utilisent souvent « le hasard » formalisent ces effets du hasard pour
les intégrer dans une production formaliste.
Après guerre on retrouve donc les trois grandes tendances aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis.
La
génération qui commença à peindre dans les années 30-40 était
désespérée suite aux bouleversements sociaux et politiques engendrés
par la dépression et la seconde guerre mondiale. Il lui fallait trouver
une nouvelle approche pour résoudre ce qui apparaissait comme une crise
du sujet, adopter une esthétique qui mît fin à l'hégémonie de
l'intellect et permit à l'artiste de s'exprimer librement. De nombreux
artistes travaillèrent sur l'acte même de peindre. Ils s'appuyaient sur
le principe de l'automatisme déjà utilisé par les surréalistes (Ernst
et Masson).
Le surréalisme selon Breton; « automatisme psychique pur par lequel on
tente
d'exprimer, soit verbalement soit par écrit, soit de toute autre
manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée en
l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute
préoccupation esthétique ou morale ».
Influencé s également par la
philosophie existentialiste, qui leur sert de fondement idéologique, et
en s'appuyant sur les œuvres de Sartre et de Merleau-Ponty, les
artistes abstrait en Europe et aux Etats-Unis, firent leur idée d'un
homme unique responsable de son destin, et la thèse existentialiste,
«faire, c 'est être »
Il convient cependant d'établir une
distinction entre l'école de Paris et l'école de New York. Les peintres
français n'abandonnèrent jamais le contenu en tant que tel, message ou
signe, et on peut même déceler dans leurs œuvres des principes de
composition classique. Les peintres new-yorkais, en revanche, allèrent
au-delà, jusqu'à affirmer que «ce qui arrivait sur une toile n'était
pas un tableau mais un événement »
Action Painting.
La nouvelle peinture américaine refuse de se
soumettre aux exigences du concept, de l'objet, de la perception ou de
la composition dans le sens traditionnel. Le Dessin n'épousera plus le
contour d'un objet perçu ; il sera déploiement d'énergie. La couleur ne
s'associera plus à des objets réels, elle sera lumière, pulsation,
résonance chromatique. L'espace se ramènera progressivement à un plan
unique: celui de la surface. La composition, traditionnellement un
agencement hiérarchique de formes et de couleurs, sera délaissée au
profit de deux solutions alternatives ; 1* une multiplicité d'éléments
repartis à égalité sur toute l'étendue de la surface ou bien 2* un
champ chromatique modulé où couleur et forme coïncident dans un tout
radicalement unifié. L'appellation « Action painting» s'oppose
vigoureusement à toute notion de « représentation», de «figuration, ou
« d'objet » ou « d'image ». L'action painting met l'accent sur l'acte
de peindre et non pas sur le produit, à savoir l'œuvre. L'acte n'a
comme but que lui-même. Le produit du peintre issu du mouvement «
Action painting» sera l'empreinte, l'enregistrement d'un acte de
révélation vécue, un incident dans la continuité de l'expérience de
l'artiste. Témoin résiduel, l'œuvre n'aura de valeur que d'un produit
secondaire, dérivé, accessoire. Le peintre d'action ne se définit ni en
fonction de ce qu'il pense, ni en fonction du fait qu'il pense. Il
s'identifie au fait qu'il agit. La réponse à l'interrogation « Qui
suis-je « se révèle dans l'acte de peindre. L'artiste se reconnaît donc
non pas dans le produit de son acte, mais dans son acte même. Ce à quoi
le peintre d'action aspire est une confrontation entre deux entités
libres, de dimension inconnue ; lui-même et l'espace. La nouvelle
peinture précède la pensée. Elle est vécue d'abord et directement sur
la toile ; elle ne peut être saisi par l'esprit qu'ultérieurement.
Lancée
en 1952 par Harold Rosenberg, cette expression passe souvent pour
synonyme d'expressionnisme abstrait. En fait, elle désignait au départ
les peintres gestuels (Pollock, De Kooning et Kîme) sans s'appliquer à
la tendance Color Field (Rothko, Gottlieb) du mouvement. Dans les
années quarante, Rosenberg, après avoir milité dans les milieux
trotskistes new-yorkais, rallie un point de vue existentiel selon
lequel le sens de la peinture doit être la recherche du moi
authentique. Son texte clé, "The American Action Painters" (Art News,
1952) - souvent considéré comme le manifeste officieux de l'école de
New York - avance ainsi l'idée que la toile est devenue, pour les
peintres américains dtavant-garde, "une arène, un lieu d'action", et
n'est plus un espace où il s'agirait de reproduire, de concevoir,
d'analyser ou de "concrétiser" un objet réel ou imaginaire". Par
conséquent, ce qui advient sur la toile constitue t'un événement" et
non une image. Un tel art tire son sens du rôle que tient l'artiste
durant la création, par la manière dont "il dispose de son énergie
affective et intellectuelle, comme dans une situation vécue". La
"peinture en acte" qui en résulte met en jeu pour Rosenberg "le même
contenu métaphysique que l'existence de l'artiste". Le but de l'Action
Painting étant une découverte d'ordre autobiographique et affectif,
Rosenberg estime que les références esthétiques traditionnelles (forme,
couleur, composition, dessin) ne doivent pas être prises en compte, pas
plus que les distinctions qualitatives traditionnelles. Seuls importent
la possibilité, le risque, et "la révélation comprise dans l'acte
même". Pour Rosenberg, les Action Painters (non nommés dans l'article)
se libèrent des valeurs politiques, esthétiques et morales, leur
substituant la valeur plus fluide du "Nouveau", et réussissent ainsi,
pour la première fois dans l’histoire de l'art, à supprimer la
distinction entre l'art et la vie.
COLOR FIELD
Le Color Field
désigne les grandes surfaces saturées de couleur, souvent All Over, qui
font leur apparition chez certains peintres américains des années
cinquante. Plus tard nommée Post-Painterly Abstraction par Greenberg
parce que, à l'encontre de l'Action Palnting, elle refuse la
matérialité tactile (painterly) de la peinture, la Color Field Painting
est d'abord l'une des deux tendances principales de l'expressionnisme
abstrait. Stlll, Rothko, Newman, désirant révéler la qualité
essentiellement visuelle, ou optique, de la peinture comme pure surface
colorée, produisent des œuvres paisibles d'où irradie une intense
atmosphère de recueillement et de méditation (Rothko Chapel, Houston,
1965-1966). Travaillant dans la lignée Impressionniste, ils se
concentrent sur la vibration de la couleur à la surface de la toile
plutôt que sur la construction d'un espace pictural propre, toujours
lié, même chez Pollock, à une certaine linéarité d'inspiration cubiste.
Influencés par Frankenthaler, Louis et Noland développent ensuite leur
propre style fondé sur l'emploi d'une peinture très liquide étalée par
simple manipulation de la toile imprégnée de couleur transparente, la
trame demeure visible et la peinture devient pure couleur,
immatérielle. Si les fonds de Poons se doublent d'effets optiques qui
le rapprochent de l'Op Art, Olitskl, en variant les techniques
(pistolet, bains de teinture, rouleau, éponges), a poussé la démarche
jusqu'à la limite du monochrome.
Hard Edge Painting
Initialement proposée en 1958 par Jules
Langsner en remplacement de celle d'abstraction géométrique,
l'expression Hard Edge Palnting (peinture aux contours nets) est
utilisée dès 1959 par L. Alloway pour décrire les œuvres non gestuelles
de Kelly, Leon Polk Smith, A. Liberman et A. Martin, et finit, en
particulier après l'exposition "Toward a New abstraction" (Jewish
Museum, New York, 1963), par s appliquer à tout un ensemble de peintres
américains des années cinquante et soixante (M. Stout, Held,
Youngerman, Stella, Noland) dont les œuvres se divisent en pans colorés
aux contours nettement définis : d'où certains points de contact
ultérieurs avec le Minimal Art, la Color Field Painting ou l'Op Art. Le
Hard Edge se démarque de l'abstraction géométrique européenne et de
l'expressionnisme abstrait américain par son refus d'un géométrisme
dogmatique et de la gestualité. Bien qu'il soit associé au Color Field
par Greenberg, sous l'appellation de Post-Painterly Abstraction, il se
développe en fait à l'écart des préoccupations d'origine cubiste de la
New York School touchant l'espace pictural et la planéité
greenbergienne de la peinture. D’où un désintérêt pour la couleur
atmosphérique ou pure et une insistance sur la "forme" colorée - comme
forme", et non comme champ de couleur.
Le
clou de l'exposition “ Abstract painting and sculpture in America ” en
1951 au MOMA à New York. Association de la frénésie de la touche et une
composition structurée héritée du cubisme. La densité de la composition
est le produit d'un travail pictural qui explore la totalité de la
surface en niant la distinction fond/forme (All Over).
Willem de Kooning dans “ Ecrits et propos ” : “ Je crois que j'ai commencé ici (coin gauche en haut).
Je
me suis dit : ” Bon je vais essayer de faire quelque chose ici. ” Je ne
pensais pas en termes de méthode ou de manière réaliste. Alors on en
fait un petit peu et on l'aime bien. Ensuite on se dit: Je vais
l'ouvrir ici et le fermer là, et de cette façon on tourne, on tourne,
un petit peu à chaque fois. Et ça vient
Critiques: William Steltz:
le tableau peut-être comparé à un mur de muscles avec des fragments
anatomiques et de morceaux de chair:
l'admiration de de Kooning pour
Soutine (le boeuf écorché). Commentaire critique sur le monde
dépersonnalisant de la métropole moderne. L'univers des graffitis et
des affiches lacérés, la violence et l'anonymat de la ville. toujours
bien parce que on peut continuer à avancer avec des choses qui sont
reliées. Si on garde une section, que l'on aime, on peut construire à
partir de celle-ci, petit à petit. Et au cas ou ça n'avance pas trop
bien, on le met de coté et on réessaie le lendemain”.
Willem de Kooning "Excavation" 1950 huile sur toile 203,2 x 254,3
