DADA
Né pendant la première guerre mondiale en 1916 à Zurich à l’initiative de Hans Arp, Hugo Ball et Tristan Tzara, DADA est plus qu’une tendance des arts plastiques, c’est un mouvement qui intervient dans tous les domaines de l’expression artistique.
Ni école ni groupe structuré, DADA est avant tout la rencontre éphémère des personnalités souvent antagonistes qui ont en commun la révolte contre la guerre et la fréquentation des mêmes cafés ( le cabaret Voltaire) à Zurich.
Anarchiste, DADA s’en prend avant tout à un certain confort intellectuel, aux idées reçues. Il veut abolir toute logique, détruire toute apparence d’ordre par sa passion du non-sens et de la négation.
Hans Arp: « A Zurich en 1916 , nous avions perdu tout intérêt pour la boucherie de la guerre mondiale et nous nous sommes tournés vers les beaux-arts. Tandis que les canons grondaient au loin, nous faisions des vers et des collages, nous récitions et nous chantions de toute notre cœur. Nous étions à la recherche d’un art élémentaire, qui, du moins nous le croyions, sauverait l’humanité de la folie furieuse de ce siècle. Nous aspirions à un ordre nouveau qui vient restaurer l’équilibre du ciel et de l’enfer.
Les manifestations Zurichoises cherchent avant tout à agresser le spectateur. Elles visent à l’effondrement d’une culture déjà ébranlée. Sous prétexte de réciter des poèmes, les dadaïstes frappent sur des boîtes, déposent des bouquets de fleurs devant des mannequins, mettant les auditeurs en rage. Une voix sous un immense chapeau en forme de pain de sucre récite des poèmes d’Arp tandis que Tzara tape sur une grosse-caisse. Heulsenbeck et Tzara miment des danses d’ours en poussant des gloussements. Les « poèmes statiques » sont composés de chaises sur lesquelles sont posées des pancartes portant chacune un mot et à chaque baisser de rideau, on en intervertit l’ordre.
« Journal DADA »
« 14 juillet 1916-pour la première fois au monde. Waag Hall. 1ère Soirée DADA. (Musique, danse, théories, manifestes, poèmes, peintures, costumes, masques.) Invention de la performance et le happening
. L'attitude subversive et la vive réaction anticulturelle qui sont le propre de l'action dadaïste ont longtemps éclipsé aux yeux de la critique traditionnelle, la première à être visée, l'apport profondément novateur de la création dada. Pourtant, en Europe occidentale, c'est à Dada que l'on doit l'apparition de la poésie phonétique, celle du photogramme et de l'assemblage polymatériel, le développement du photomontage et celui de l'action (le futur happening) élevée au niveau d'un genre artistique autonome.
Le propre de l'action dadaïste, c'est d'élever la réalité du monde "banal" au niveau de matériau artistique, et ceci dans tous les domaines de l'art, car Dada s'intéresse aussi bien aux arts plastiques qu'à la photographie, à la poésie, à la lumière et au théâtre.
Dada s'applique à mettre en valeur la personnalité de chaque fragment de la vie, car la vie est précieuse à tout moment, elle vaut la peine d'être vécue dans chacune de ses parcelles, chaque détail ou débris est précieux, car il peut signifier le tout. De là découle l'attention portée au matériau dans sa réalité la plus infime : le fragment dont on exalte la valeur texturale, la syllabe dont on chante le rythme, le plus petit fragment d'objet ou l'objet trouvé dont on apprécie la valeur absolue.
Marcel Janco travallait sur les masques pour les manifestations DADA, Hans Arp dans « DADALAND » : »Ils (les masques) étaient terrifiants, barbouillés de rouge sang pour la plus part. Avec du carton, du papier, du crin, du fil de fer et du tissu , on faisait des fœtus langoureux , des sardines lesbiennes , des souris en extase. »
Raoul Hausmann: « La vie apparaît dans pêle-mêle simultané de bruits, de couleurs et de rythmes spirituels qui , dans l’art dadaïste, sont immédiatement repris par les cris et les fièvres sensationnels de son audacieuse psyché de tous les jours et dans toute sa réalité brutale. »
Hugo Ball dans un essai intitulé « Je m’éloigne de plus en plus de l’esthétique ». : « Le but de dada était de détruire toutes les illusions raisonnables de l’homme et de retrouver l’ordre naturel et déraisonnable. Dada cherchait à remplacer le non-sens logique des hommes d’aujourd’hui par l’insensé illogique. C’est pourquoi nous tapions de toutes nos forces sur le gros tambour dada en chantant les louanges de la déraison. Dada allait donner un lavement à la Venus de Milo. Les philosophies ont moins de valeur pour Dada qu’une veille brosse à dents au rebut, et dada les laisse au grands de ce monde. Dada dénonce les ruses infernales du vocabulaire de la raison officielle. Dada est pour l’insensé, ce qui ne veut pas dire le non-sens. Dada est insensé comme la nature. Dada est sans ambages comme la nature. Dada est pour le sens infini et les moyens définis. »L’art Dada intègre des nouvelles formes d’existence de la vie moderne, les nouvelles machines, l’accélération de la circulation des informations, la profusion des images mais sans en faire l’apologie, comme les futuristes avant eux. Voilà pourquoi le montage est une de leurs formes d’expression favorites. Il leur permet de reproduire plastiquement cette impression de confusion et de mouvement. Ils se veulent finalement prés de la vie dans ce qu’elle contient d’absurde et de chaotique et il faut dire que la période où ils ont exercé les y a aidé : conflits mondiaux, révolutions et guerres civiles jettent à bas des empires millénaires, mettent fin aux ordres anciens. Les techniques nouvelles modifient en profondeur les comportements sociaux. Rien d’établi qui ne soit alors remis en cause. Ils s’acharnent, en somme, sur les lois héritées de la Renaissance : le souci des proportions, de l’équilibre, de l’harmonie, des accords chromatiques. Tout cela les Dadas n’en veulent plus. Ils lisent ces règles comme des symptômes de l’ordre. Et leur force qui est en même temps leur fragilité, c’est qu’ils ne prônent rien à la place, et que, contrairement aux futuristes Italiens par exemple, ils ne souhaitent l’avènement de aucune nouvelle convention artistique, d’aucun ordre nouveau.
A lire « Duchamp du signe » Marcel Duchamp ED. Flammarion
Raoul Hausmann Tête mécanique ou L’esprit de notre temps
1919 Assemblage d’éléments divers .Hauteur 32cm
Comme le collage, l’assemblage est une invention DADA. Un collage en trois dimensions donc. Ici il s ‘agit d’une tête de mannequin en bois, que l’on pouvait trouver dans n’importe quel magasin de l’époque. La tête est surmonté des différents éléments de l’existence moderne, mais qui ont comme dénominateur commun : le calcul et la mesure. Le monde est devenu rationnel : tout a un prix et tout peut être mesuré. Le numéro 22 sur le front (nous sommes tous des numéros) le porte monnaie à l‘arrière de la tête, le pied à coulisse, la mesure du liquide sur la tête. Bien qu’il est difficile actuellement de reconnaître chaque élément, Raoul Hausmann essaie de donner une impression d’anonymat (un problème de l’époque : chaque être humain devient un robot, et chaque machine possède une âme) de stéréotype, de moquerie et une absence de sensibilité. La sculpture a été enterrée dans le jardin d’Hannah Hoch durant la deuxième guerre mondiale et restituée en 1968.