C.O.B.R.A.
Mouvement d'origine nordique , comme son nom - un acronyme inventé par Dotremont - l'indique :" CO"penhague, "BR"uxelles, "A"msterdam. Son acte de naissance, après scission du surréalisme révolutionnaire, est néanmoins daté du 8 novembre 1948 à Paris, "dans l'effervescence et la ferveur, sur un coin de table au café Notre-Dame" (Corneille) : c'est le manifeste La cause était entendue, rédigé par Dotremont et cosigné par Jorn pour le Danemark, Corneille, Constant et Appel pour la Hollande, Noiret pour la Belgique. Cobra a trois composantes principales le groupe d'avant-garde danois, qui a connu un moment de cohésion grâce à la revue Heiheste (Bille, E. Jacobsen, Pedersen, Alfeit, Jorn, Heerup), le groupe beige, surtout littéraire avant l'adhésion d'Aiechinsky, et le Groupe Expérimental Hollandais, né de la rencontre de Constant avec Corneille et Appel, auxquels se sont joints de jeunes poètes. Ensemble, ils éditent la revue Reflex (deux numéros), préfiguration de Cobra. En février 1949, le Petit Cobra annonce une revue qui comptera dix numéros. Dès les premiers jours qui suivent la fondation du mouvement, les trois Hollandais, accompagnés de Dotremont sont à Copenhague pour y exposer avec les Danois, confirmant une volonté d'éloignement par rapport à Paris, capitale alors officielle de l'art moderne. Ensuite, les nombreux écrits et expositions, l'incessant va-et-vient des artistes et de leurs idées à travers toute l'Europe du Nord, manifestent le nomadisme du mouvement, et son activité internationale. Dotremont évoque "une collaboration organique expérimentale qui évite toute théorie stérile et dogmatique." Cherchant en effet à abolir les frontières tout en affirmant les caractéristiques de chacun, Cobra renoue avec les traditions populaires contre l'art savant, développe sa curiosité pour l'ethnologie et les pratiques artistiques étrangères aux milieux conventionnels de l'art. C'est la recherche d'un fonds commun "primitif' qui justifie les relations avec Chaissac et Dubuffet, mais aussi la méfiance déclarée à l'égard des formes officielles de l'art à l'époque, le réalisme socialiste d'un côté, l'abstraction lyrique de l'autre. En France, Atian et Doucet exposent avec Cobra, qui accueille aussi les critiques M. Ragon et E. Jaguer. Soucieux de développer la créativité en mêlant ses aspects subjectifs dans le travail collectif, les artistes Cobra élaborent de nombreuses oeuvres en commun, de la décoration de la maison des architectes à Bregnerôd (été 1949) aux lithographies collectives, des "dessins-mots" ou "peintures-mots" aux toiles à (au moins) quatre mains. Les expositions de Cobra sont d'ailleurs organisées non comme la juxtaposition de capacités individuelles, mais comme la manifestation d'un esprit qui excède chaque participant. La grande exposition de Liège, en octobre 1951, coïncide avec la sortie du numéro 10 et dernier de la revue. La maladie de Jorn et de Dotremont met fin à toute activité collective, mais les principaux membres du mouvement (Appel, Alechinsky, etc.) n'oublieront pas ses leçons.
Influencé par le surréalisme et l'expressionnisme allemand, COBRA s’inscrit dans une tendance de l'art informel d'après-guerre, pour la spontanéité et l'automatisme dans les travaux. Au sein du surréalisme, ils négligeront Magritte et Dali et retiennent Tanguy, Ernst et surtout Miro. Ce dernier peut paraître abstrait, mais il nomme ses formes, oiseau, femme, étoile. Parmi les artistes du XXe siècle, il sait peut-être le mieux rester un enfant, être un vrai primitif, tracer un trait comme si c'était le premier, et faire communiquer intimement son art avec l'animal et les éléments. C'est un poète et il écrit des mots sur ses toiles, ce que COBRA fera de façon collective. Il peut évoquer le caractère immatériel du ciel comme utiliser le plus concret de la réalité dans ses peintures objets de 1931 qui ont leur équivalent plus tard chez Appel.
Leur but est de produire des formes qui soient habitées, qui révèlent une présence, le plus souvent celle d'un animal qu'on ne peut jamais identifier avec précision. Présence ancienne, fondamentale, enfouie dans nos mémoires, inscrit peut-être dans notre corps, avec laquelle ils montrent qu'il nous est toujours possible de communiquer.
COBRA Modification 1949 11 62 x 42 cm
COBRA modification est un exemple du travail collectif cher aux membres du groupe. Le travail collectif est rare chez les artistes. Les tableaux collectifs sont souvent anonymes, car non signés. C’est l’esprit de communautarisme qu’on retrouve un peu plus tard dans l’international situationniste. À l’origine il y a un travail de Richard Mortensen, mais qui a été repris, « modifié » par Appel, puis modifié par Constant, Corneille et Nyholm. En fait les membres de COBRA reprennent souvent ce système de « modification », qui est en fait une invention surréaliste : le cadavre exquis. Le système pose bien sûr des problèmes quant à l’identification et posera donc des problèmes aux marchands d’art, qui n’aiment pas beaucoup ne pas savoir qui a fait quoi. On retrouve dans ce tableau tous les ingrédients de COBRA : la spontanéité enfantine, la peinture sans idée préconçue, vitalité et primitivisme.