Arte Povera.
Historiquement Arte Povera se situe dans la même période que le minimal
art, la nouvelle figuration, support surface, le nouveau réalisme le
land-art, Fluxus et l’art conceptuel. Il s’oppose au minimal art avec
l’exposition Art abitabile en juin 1966 qui réponds à l’exposition «
Primary Structures » de New York des minimalistes Judd Lewitt et
Morris. Margit Rowell oppose arte povera au minimal art, et le qualifie
d’ » instinctive et subjective, lyrique, poétique, paradoxale, à
l’image des aspects irrationnels et incontrôlable de l’expérience
vécue. En outre, l’arte povera n’était pas un mouvement formaliste,
mais il traduisait plutôt une attitude morale et une position critique.
»
En février à la galerie Sidney Janis à New York ; Joseph Kosuth,
Christine Kozlov, Michael Rinaldi et Ernest Rossi présentent les
premiers œuvres conceptuelles, en Janvier BMPT exposent au Salon de la
jeune peinture.
Arte povera se situe à la suite des artistes
italiens comme Alberto Burri ( art informel utilisant déjà dès
matériaux « pauvres » comme les sacs de jute) , Lucio Fontana ( la
peinture formel) et Pierro Manzoni (nouveau réalisme + Fluxus)
Pour
Walter Benjamin, tout objet périmé possède un « pouvoir résiduel de
contestation en ce qu’il est contraire à l’amnésie nécessaire au bon
fonctionnement du marché »
L’idée est de contrer l’objet
–marchandise : ainsi Kounellis installe des chevaux dans la galerie
Attico à Rome ( à comparer avec « le vide » de Klein)
Expression
crée par le critique Germano Celant en 1967 pour désigner un projet
d'intervention créative, "une façon d'être et de se poser qui se
modifie suivant des situations temporaires".
Celant se réfère aux
expériences théâtrales du Polonais Grotowski et notamment à son texte «
Pour un théâtre pauvre » qui fait l’éloge du nomadisme, de l’éphémère,
du déplacement perpétuel, d’une « praxis artistique éminemment critique
et anti-culturelle, on retrouve les mêmes idées chez Tadeus Kantor.
Autre composante majeure des relations étroites qui existent entre
performance plastique et action scénique est l’omniprésence en Italie,
à partir de 1961, du Living Théâtre et certains des éléments
fondamentaux du langage corporel de Judith Malina et Julian Beck.
De
formation pluridisciplinaire (rapport entre l'art et son milieu, design
radical et théâtre de rue), Celant s'intéresse à l'art dans ses aspects
utopiques. « Ceci, écrit Germano Celant en évoquant l’émergence de
l’arte povera, signifie disponibilité et anti-iconographie,
introduction d’éléments incomposables et d’images perdues, venues du
quotidien et de la nature. La matière est agitée d’un séisme et les
barrières s’ écroulent. Il naît un nouveau continent expressif dont les
frontières se font labiles et indéfinissables. »
En 1963, il
rencontre Paolini, Mondino, Pistoletto, Sperone, Pistoi et Gilardi,
Schifano et Kounellis, en 1966 Boetti, Mario et Marisa Merz, enfin
Zorio, Penone, Anselmo, Prini et Calzolari. C'est avec eux, auxquels
s'ajoutent Fabro et Pascali, qu'il organise en 1967, à Gênes (galerie
La Bertesca), la première exposition d'Arte povera. Parallèlement, il
publie dans Flash Art un essai manifeste, où il insiste sur la présence
physique de l'objet, la quotidienneté privée de tout masque :
"l'important était de corroder, graver, briser. Tenter une
décomposition du régime culturel imposé".
Arte Povera favorise des matériaux considérés comme non artistiques.
Les
matériaux, utilisés sans subir trop de métamorphoses (plaques de plomb
martelé, végétaux, tissus, plaques de verre, roches, argile, etc.),
sont l'instrument d'une expérience radicale, libératrice par rapport
aux critères esthétiques dominants. Confronté à des montages simples et
à des formes qui ne sont, à peu de choses près, que celles des objets
manipulés, le spectateur est invité à percevoir de façon purement
sensible, hors de toute appréhension conceptuelle, les masses, les
énergies, les tensions en jeu.
Mario Merz : » L’arte povera est
une formule à l’usage de la critique et non pas des artistes. Cela
étant, je ne la renie pas. Je l’accepte et je la favorise. La
marginalité totale dans laquelle s’inscrivait notre travail me paraît
importante. Nous étions comme des anabaptistes du XVIIe siècle ou les
premiers adeptes de Luther. Nous avions le même type de positions
radicales, avec tout ce que cela comportait d’exigence et de remise en
question face au contexte de l’époque. »
L'Arte povera se trouve
en correspondance, dans le contexte esthétique des années 1967-1971,
avec le Minimal Art, le Land Art ou le happening.
Inscription au
néon du général Giap: »Se il nemico si concentra perde terreno se si
disperde perde forza. Giap. » (« Si l’ennemi se concentre, il perd du
terrain s’il se disperse, il perd de sa force. » Guerre du Viêt-Nam«
l’intuition bouddhiste de la guerre et à la vie de guerre » Les igloos
de Merz font aussi référence aux premières manifestations en 1966 «
Arte abitabile »
Opposition des matières organiques, refermant une énergie et des matières industrielles, consommateur d’énergie.
Germano
Celant : » Pour posséder les choses il faut les bloquer dans l’instant
où on les rencontre. C’est pourquoi Merz violente les objets et le réel
avec la lumière du néon. C’est là une façon dramatique de foudroyer la
réalité. »
« L’igloo est
née à travers une espèce de savoir. Il est apparu dans mon œuvre quand
je me suis dit qu’on pourrait faire de l’art avec plus de liberté ; il
a été très important dans les années 60 de comprendre qu’on pouvait
avoir une liberté susceptible de transformer l’art dans le monde
occidental. L’igloo c’est la forme organique par excellence ; c’est à
la fois le monde et la petite maison. Ce qui m’a intéressé dans
l’igloo, c’est qu’il est déjà dans la tête avant d’être réalisé ; mais
une idée organique ce n’est pas encore l’organique, on doit la
réaliser. Vient alors le problème d’organiser une construction, la plus
simple possible. L’architecture c’est une construction quelquefois
mathématique quelquefois décorative, mais
« En 1968, j’ai fait
l’igloo de Giap non pas en pensant qu’il y avait une solution politique
du côté de Giap mais parce que lui avait une espèce d’intuition
bouddhiste de la guerre et de la vie de la guerre. Cette œuvre
correspondait aux années de la guerre du Vietnam, guerre à laquelle il
était nécessaire de réagir, non directement, mais indirectement sans
anecdote ; car j’ai toujours haï l’anecdote dans l’art. » c’est
toujours une construction pour s’abriter, pour conférer quelque
dimension sociale à l’homme.
Mario Merz.
Igloo de Giap 1968 armature de fer, sacs de plastique remplis de terre, tubes de néon h:120 x200 cm.