Art informel.
Tapié
introduit cette dénomination en 1951, lors des expositions "Véhémences
confrontées'1 (galerie Nina Dausset, Paris) et "Signifiants de
l'informel" (studio Faccheti, Paris). Il en esquisse la théorie dès
1952 dans « Un art autre », à propos, notamment, des pâtes de Dubuffet,
Fautrier et Wols ; informel avant la lettre et figure mythique autour
de laquelle s'articulent les expositions de cette tendance organisées
dès 1947-1948 par Bryen et Mathieu.
Le geste que mettent en évidence
ces peintres n'est pas très différent de celui des américains, mais
plus lié au dessin, il ne remet pas en cause l'espace fermé du tableau.
Mais pour eux aussi, le sujet peignant et sa liberté créatrice sont
devenu le sujet de la peinture : «Les anciens peintres commençaient par
le sens, et lui trouvaient des signes. Mais les nouveaux commencent par
les signes, auxquels il ne reste qu'a trouver un sens». (Jean Paulhan,
L'art informel.
Dubuffet, Fautrier, voir même Wols ne rejettent pas
toute référence au visible, mais comme le souligne Damisch : «Ce que
refuse le peintre «informel », c'est d'abord une certaine conception du
tableau comme reflet, répétition d'une réalité ou d'un modèle, d'un
esquisse même, préalablement donnés. L'informel récuse en principe
toute forme de représentation aussi bien que d'imitation, de
vraisemblance : et Si une image apparaît au terme de procès pictural,
cette image n'a rien d'une copie, d'un portrait. Elle joue plutôt par
le redoublement du signifiant, sur l'analogie peut-être préméditée,
mais qui emprunte plus aux moyens picturaux qu'au référent que la
matière, par son excès et ses accidents mêmes, convoque dans l'esprit.
Les
démarches de ces peintres, bien que différenciées, partagent certains
caractères : refus de la construction préméditée, spontanéité de
l'exécution, abandon aux vertus du geste, aux propriétés physiques du
matériau. On a pu distinguer un art informel à tendance figurative
(Fautrier, Dubuffet, Wols) d'une tendance anti iconique (Hartung, autre
figure de référence, Soulages, Schneider, Atlan, Bryen En réalité, art
informel, tachisme, abstraction lyrique et gestuelle désignent, non
sans confusion, des courants largement intriqués, qui font écho aux
philosophies de l'époque (existentialisme sartrien, phénoménologie de
Merleau-Ponty) par un engagement véhément du corps dans l'action
picturale. Cette dernière se trouve cependant mobilisée dans des voies
différentes : d'une part, l'expansion matiériste amalgame des médiums
variés et des éléments non picturaux à ses hautes pâtes, d'autre part,
l'inscription des signes et graphes renvoient à l'automatisme
surréaliste ou à une "inspiration" extrême-orientale.
L'art
informel s'engage dans une voie et dont les artistes ont une volonté de
rompre avec un courant artistique qui leur semble désuet, stérile et
contraignant. A la géométrie rigide, ils opposent des formes
irrégulières, à la composition réfléchie, l'improvisation et
l'accident, à la détermination l'indéterminé. Se prononçant pour toute
manifestation libre de la sensibilité, des instincts et de l'énergie
vitale, ils dénoncent l'art qui passe par l'intermédiaire des idées ou
des concepts. L'art informel propose un contact direct avec le
spectateur soit au niveau des sensations, soit à celui des sentiments.
Les peintures de Soulage ont souvent comme titre le jour où elles ont été terminées.
Il
n’y a donc aucune référence à une figuration quelconque. Pour Soulages
l’idée de l’abstraction c’est l’exploration de l’imaginaire et d’une
expérience intérieure. En 1950 il explique : « Je travaille guidé par
une impulsion intérieure, un désir de certaines formes, couleurs et
matériaux, et c’est une fois qu’ils se trouvent sur la toile que je
sais ce que je veux. »
Par leurs formats, les peintures de Soulages
sont peut-être les proches des peintres américains, et notamment de
Franz Kline. Mais la mise en page reste bien centripète.
Il explique
par rapport aux titres de ses tableaux en 1991 : » Je ne comprenais pas
les soi-disant peintres non figuratifs ; peintres qui donnent des
titres à leurs tableaux, la plupart du temps incompréhensibles ou
pseudo philosophique, En faisant cela, on oblige les spectateurs de
voir des allusions ou des rebus dans leurs peintures . »
Pierre Soulages "Peinture 23 mai 1953" peinture à l'huile sur toile 194,9 x 130,2 cm
